Recherche :





Evacuation par la force du sit in de l'Opposition le 2 mai 2012










24.07.2012 08:12

Messaoud Ould Boulkheïr/Birame Ould Dah : Les raisons d’un désamour

Camara Samaba

Camara Samaba

Messaoud Ould Boulkheïr et son parti APP sont enfin  sortis de leur torpeur. En effet dans un communiqué rendu public le mardi 17 juillet, le parti s’est finalement attaqué à la diffusion par Radio Coran  en date du 9 juillet des enseignements de Khlil qui font l’apologie de l’esclavage.


Mais à la différence de Mohamed El Moustaph Ould Beddridine le premier homme politique du pays à s’insurger contre la diffusion desdits enseignements, Messaoud et l’alliance populaire progressiste n’ont pas pris la peine d’appeler à la libération de Birame incarcéré  depuis la fin du mois d’avril dernier pour avoir passé au feu un exemplaire du Khlil et d’autres œuvres du même genre dont le caractère anti-islamique n’est plus à démontrer. Á la différence de Moustapha Ould Beddridine, ils n’ont pas voulu saisir l’occasion de se racheter en appelant à l’élargissement de Birame, qu’ils avaient qualifié en substance - lors de son arrestation consécutive à l’acte d’incinération - de «marginal ; d’irresponsable, de malade mental à la tête d’une poignée d’hommes qui visent à  raviver l’esprit de la revanche et de haine entre les couches sociales ; qui se sont lancés dans une opération de séduction qui rentre dans le cadre d’un processus dont la finalité est d’installer le judaïsme en Mauritanie », abondant ainsi dans le même sens que les milieux esclavagistes qui ne visaient qu’une chose : l’élimination du gênant militant des droits humains. 

La foi n’y est pour rien


Pourquoi donc après avoir toujours soutenu Birame, un tel revirement de la part de Messaoud? La foi n’y est certainement pour rien. En effet, si vraiment les œuvres incinérées par Birame - qui permettent de vendre des hommes comme du bétail ;  refusent  de considérer que le maître et son esclave sont égaux devant le droit à la vie ; attribuent aux maîtres-esclavagistes le droit  d’entretenir des rapports charnels avec leurs servantes ;  soutiennent que la prière du vendredi n’est pas obligatoire pour l’esclave-  avaient un caractère sacré aux yeux de l’APP, le parti de Messaoud  n’aurait pas condamné l’initiative de Radio Coran de consacrer un temps d’antenne à leurs enseignements. Les raisons du désamour de Messaoud pour Birame seraient ailleurs.  Le désenchantement du vieil opposant vis-à-vis de son cadet viendrait du fait que celui-ci n’a pas hésité à dénoncer les accointances de l’APP avec des esclavagistes, chose perçue par Messaoud comme une volonté d’écorner l’image de son parti


Tout  commence le 3 Octobre 2010. A cette date, un cas d’esclavage est révélé à Rosso.  IRA  s’empare de l’affaire et la porte devant les autorités. L’affaire s’ébruite et porte un sacré coup à l’image que se font les Mauritaniens de l’APP considérée comme étant un parti anti-esclavagiste. En effet le maître esclavagiste Yedali est un militant de l’APP, tandis que son principal soutien qui a usé de mille et un subterfuges pour le tirer d’affaire n’est autre que le coordinateur de l’APP au Trarza, en l’occurrence Sidi Ould Messaoud.


L’essentiel étant que justice soit rendue, les abolitionnistes ne jugeront pas nécessaire de tenir compte l’appartenance politique du maître esclavagiste et de son principal soutien qui aura manœuvré à tout bout de champ afin de soustraire le coupable à la justice.


Au communiqué de Sidi daté du 7 octobre 2010 qui dénote de la fuite , Birame répond par un communiqué daté du 9 octobre 2010 pour dire «à tous les Mauritaniens, quels que soient leur communauté, leur rang, leur parti ou association, quelles que soient leur proximité, leur parenté ou leur degré d’amitiés avec les militants de l’Ira, que ces derniers n’hésiteraient jamais à les dénoncer au cas où ils seraient coupables ou complices des crimes ou délits de racisme, d’esclavage, de torture ou toutes autres formes de violations des droits de la personne humaine».


Et comme pour joindre le geste à la parole, Birame revient à la charge au début du mois d’avril 2012 il pour s’en prendre à Messaoud Ould Boulkheïr à qui il reproche sa participation au «Dialogue Inclusif National» qui a eu lieu entre septembre et octobre 2011 et qui n’était rien d’autre  qu’une perche tendue à un pouvoir garant du racisme, de l’esclavage et de l’exclusion, contesté de toutes parts et en quête des partenaires.


Son interview sur les ondes de Kassataya au cours de laquelle il affirme que Messaoud comme Boidiel  est dans le camp qui s’oppose à l’émancipation des H’ratines,  sera saluée par nombre d’anti-esclavagistes. Parce qu’Oud Boulkheïr et son parti n’ont pas cherché, lors du «Dialogue Inclusif National», à ce que des amendements soient apportés à la loi de 2007 criminalisant l’esclavage, qui ne permet  aux ongs de porter devant les tribunaux les cas d’esclavages concernant les adultes victimes d’asservissement. Parce qu’ils n’ont pas cherché à ce qu’une brigade destinée à réprimer les pratiques esclavagistes soit mise en place. Enfin, parce qu’ils se sont contentés tout juste de l’inscription de la criminalisation de l’esclavage dans le texte fondamental du pays.


Mais au lieu de procéder à une autocritique,  le parti de Messaoud Ould Boulkheïr monte sur ses grands chevaux en considérant désormais Birame Ould Dah Abeïd comme un ennemi qui ne chercher qu’à lui nuire, un adversaire à abattre. Pour parvenir à ses fins, à savoir éliminer Birame, APP trouvera que tous les moyens sont bons quitte  à apporter soutien à une cabale orchestrée  par les segments esclavagistes du pays contre un militant éminemment anti-esclavagiste, engagé contre toutes les sortes de violations de droits humains, et sur qui repose l’espoir de milliers d’hommes ; de femmes ; d’enfants, victimes soit de l’asservissement soit du passif humanitaire.  Lequel militant bénéficie de l’appui des progressistes issus de toutes les composantes de la société mauritanie (H’ratines, Beydanes, Wolofs, Pulaars, Soninkés, Bambaras) qui n’aspirent qu’à une chose : voir leur pays s’engager résolument dans la voie de la lumière. C’est dire qu’après l’épisode de l’incinération des manuels dits de rite malékite qui font l’apologie de l’esclavage, on a du mal à croire l’APP  quant elle déclare œuvrer  en faveur de la cohésion sociale, et de l’unité nationale.